La femme au Moyen Age

La femme au Moyen Age

Woman Attitude a lu pour vous deux livres passionnants relatant la vie des femmes au Moyen Age et leur relations en société et en famille. Et ceci pour nous permettre de prendre du recul historique sur l’autonomie et la créativité des femmes à cette époque et sur l’avancement de la libération de la femme dans le monde occidental, aidés de notre grille de lecture moderne.

Sophie Cassagnes-Brouquet – La vie des femmes au MoyenAge aux Editions Ouest France

Régine Pernoud – La femme au temps des cathédrales aux éditions Livre de poche

Citations avec auteur: SCB ou RP mais aussi résumé par WA – Plan du dossier:

  • Femme et identité féminine
  • Femme et éducation
  • Femme et religion
  • Femme et Economie
  • Femme et Pouvoir


Femme et identité féminine

Dans son introduction au colloque de Poitiers tenu en 1976 sur La Femme dans les civilisations des Xème au XIIIème siècles, Robert Fossier termine sur une constatation importante: « Dans l’histoire de l’Occident, au cours de ces deux ou trois siècles, les deux principales conquêtes de l’homme ont été l’établissement de la cellule conjugale, du couple, comme cadre normal d’existence famililae, et nous vivons encore sur cette conquête; et d’autre part, la mise en place de la maison… organe premier et fondamental de la vie collective, de la vie seigneuriale. Dans ces deux cas, c’est la femme qui apparaît au centre de ces cellules, noyau sans lequel ces cadres n’existeraient pas, cheville ouvrière de toute construction. « RP

La jeune fille

La majorité des filles est fixée à par la loi canonique à 12 ans et 14 ans pour les garçons. Elles peuvent alors prononcer les voeux religieux ou consentir à leur mariage.SCB

La pucelle doit être attirante, sa beauté encore intacte fait fantasmer les hommes. Elle représente la femme parfaite[…] Son corps est élancé, sa poitrine petite et ferme, son ventre rond. Les cheveux longs et déliés ont une signification érotique. […] La chevelure libre est le signe de la virginité, de la vierge chaste mais tellement désirable. SCB

La moyenne d’âge au mariage des filles des ducs anglais est de 17 ans entre 1330 et 1479.SCB

Dans les milieux les plus modestes, les jeunes filles bénéficient d’une période plus longue d’éducation et de travail.SCB

Le mariage

La fille apporte à son promis une dot qui représente sa part d’héritage; en échange, elle obtient des droits sur les terres de son fiancé. SCB

Tous les clers s’accordent à insister sur l’importance du consentement mutuel des époux. SCB

La femme est désormais placée sous l’autorité de son mari. Il a tout pouvoir sur les biens, la personne et les actes de sa femme. Père et chef de famille, son autorité est reconnue par les autorités écclésiastiques et civiles. […] A sa mort, sa veuve reçoit ses biens propres et son douaire, donation que l’époux constitue à sa femme lors du mariage. […] L’époux a aussi un devoir de protection et d’affection envers sa femme. SCB

Maternité

La vocation de la femme médiéval est toute tournée vers la maternité. SCB La récompense payée par le suzerain pour ramener un criminel qui a tué une femme enceinte est plus élevée que celle payée pour une femme en âge de procrée et encore plus faible pour une femme ménopausée. [résumé RP]

La femme couche avec des sages-femmes. Elles choisissent une ou plusieurs marraines, un ou plusieurs parrains, les compères et commères,  pour assurer la paternité spritituelle (par opposition à la paternité charnelle) et la survivance des enfants, si ses parents venaient à mourir. Les nouveaux-nés sont baptisés dès la naissance du fait de la très haute mortalité infantile. La grand-mère est rarement présente du fait de l’espérance de vie faible et de la mortalité des femmes en couches très courantes. Les vieillards sont d’ailleurs plus nombreux que les vieilles, les veufs que les veuves. [résumé de SCB]

A la naissance, la sage femme masse le corps de la petite fille d’une onction faite de roses pilées, de sel et de miel. […]La bonne nourrice doit être une femme jeune, mais pas trop, entre 25 et 30 ans. SCB

D’autres enfants ont moins de chance, elles sont abandonnées par leur parents. Il  semble que les filles soient plus souvent condamnées à ce triste sort que les garçons.  L’effrayante mortalité infantile qui perdure toute la période ne doit pourtant pas laisser croire que les parents en sont pas affectés par la disparition de leur enfants. Les petites filles comme les garçons sont pleurés et enterrés avec soin. SCB

Christine de Pizan, intellectuelle et écrivain renommée en son temps (1364-1431) se souvient avec émotion de sa mère et de son enfance:

« Ainsi je fus fille nommée / Bien nourrie et bien choyée / De ma mère à joyeuse chère /Qui m’aima tant et tint si chère

Qu’elle-même m’allaita /Aussitôt qu’elle m’enfanta /Et doucement en mon enfance / Me tint et par elle j’eus croissance. »

La mère n’est pourtant pas le seul modèle offert à la petite fille. Les pères se montrent très attachés à leurs filles et n’hésitent pas à leur prodiguer des conseils. SCB [De très beaux textes écrits par des pères le prouvent NDLR]

L’amour courtois

amour_courtois-La beauté éveille l’amour. […] Tous les récits s’accordent au Moyen Âge sur le rôle des yeux dans la naissance de l’amour. […] Pour les clercs, il est , avant tout, l’amour de Dieu et du prochain, l’amour respectueux des enfants pour leurs parents et, en dernier lieu, le désir sexuel. […] Grâce aux savants arabes , traduits en Occident dès le XIIIème siècle, les médecins acquièrent une meilleure connaissance des organes génitaux et proposent même des conseils pour un art érotique. SCB

Cet amour courtois place le chevalier devant un dilemne épineux: choisir entre le mariage, qui assure puissance et honneur, et le fin’amor, qui plie l’amant aux volontés de sa dame. Car dans le mariage, il ne peut y avoir d’amour, au sens courtois du terme. […] L’amant contemple la dame et s’éprend de sa beauté, une beauté  idéalisée, spiritualisée, presque angélique … SCB

Celui qui veut être un amant véritable selon les règle de courtoisie doit révérer son seigneur, ne jamais blasphémer Dieu ni les saints, être humble envers tous et servir tout le monde, ne dire du mal de personne (les médisants sont exclus des châteaux de courtoisie), ne pas mentir, ne se moquer de personne, surtout pas des malheureux, éviter les querelles et faire son possible pour réconcilier ceux qui se disputent. RP

Femme et éducation

Tout comme les garçons, les petites filles ont droit au moyen âge à une enfance choyée. SCB

Les filles sont élevées par leur mères qui leur apprenent à broder, à filer à la quenouille, ou à tisser des rubans sur des cartons tandis que leurs frères commencent leur apprentissage de chevalier. 7 ans est aussi l’âge où la petite fille peut être fiancée ou offerte à un monastère par ses parents. SCB

C’est à la mère qu’il revient la charge d’éduquer sa fille avec tendresse, mais avec rigueur. Il faut surveiller les filles dès l’enfance, ne pas les laisser rêver à la fenêtre, mais les occuper à travailler pour qu’elles ne cèdent pas au démon de l’oisiveté. Elles doivent apprendre la modestie et la retenue. […] Les filles sont souvent plus savantes que les garçons occupés à l’apprentissage de la guerre. Vincent de Beauvais est favorable à l’instruction des filles. A la fin du XIII° siècle, le légiste Pierre Dubois va même jusqu’à proposer qu’elles apprennent le latin, les sciences et la médecine. SCB

A Paris, en 1380, une enquête dénombre 21 maîtresse d’école. SCB

Le plus ancien traité d’éducation est dû non à Rabelais, ni à Montaigne, mais à Dhuoda, […] composé au milieu du IXème siècle et nommé Manuel pour mon fils. […] Le premier principe qu’elle pose? Aimer: « Aime Dieu, cherche Dieu, aime ton petit frère, aime ton père, aime les amis et les compagnons au milieu desquels tu vis à la cour royale ou impériale, aime les pauvres et les malheureux.« RP

Les femmes lisaient  plus que les hommes au Moyen Âge, dit le romaniste Karl Batsch. Il aurait pu aller plus loin et ajouter qu’elles ne se contentaient par de lire, mais que souvent elles-mêmes écrivaient et que ces manuscrits qui témoignent du savoir de leur époque ont souvent été copiés par des mains féminines. RP

Beaucoup plus largement et habituellement, ce sont les couvents de femmes qui se chargent de l’éducation des filles, aussi souvent – ce qui ne peut manquer de nous surprendre- que celles des petits garçons. RP

Au milieu du XIIIème siècle, Vincent de Beauvais, génial frère prêcheur au savoir encyclopédique, auquel le Roi Saint Louis a confié le soin de la bibliothèque et l’éducation de ses enfants, conseille d’apprendre les lettres aux filles comme aux garçons.[…]  Francesco da Barbona, qui en Italie où se fait déjà sentir l’influence de la Renaissance, parle de l’éducation en général, préfère qu’on apprenne aux filles « les tâches ménagères, faire le pain, nettoyer un chapeau, faire le beurre…  » A la Renaissance, l’instruction deviendra l’apanage des hommes. RP

Nous saisissons […] le caractère antiféminisite de l’université qui dès sa naissance est un monde masculin uniquement. RP

Femmes et religion

L’ordre féminin connaît un immense succès : entre 1190 et 1250, ce ne sont pas moins de 88 abbayes de femmes qui voient le jour. […]Les abbesse de Moyen Âge sont souvent des femmes fortes, disposant d’un véritabl epouvoir au sein de l’Eglise mais aussi des éducatrices, des mécènes et des intellectuelles. SCB

Vers les années 1140 -1150, un contemporain, et non des moindres puisqu’il s’agit de Suger, abbé de Saint-Denis, estime à 5000 les membres de l’abbaye de Fontevraut. Or c’est une abbesse qui est à leur tête et non un abbé. Les moines qui entrent dans l’ordre lui doivent obéissance et font profession entre ses mains.  […) De surcroît, les statuts qu’il [le fondateur de Fontevraut, Robert d’Arbrissel, NDLR] avait établis précisaient que cette abbesse devait être non pas une vierge, mais une veuve ayant eu l’expérience du mariage.

D’autres types d’engagement telles que les béguines, les recluses ou les soeurs hospitalières offrent aux femmes diverses perspectives d’engagement: dans le monde ou hors du monde, pour l’éducation ou  le service des malades ou encore des pauvres.[résumé de SCB]

Les abbesses ne sont d’ailleurs par les seules à se distinguer par leur savoir et leurs écrits. Parmi les simples religieuses, on relève des personnalités éclatantes. RP [puis citation de Mechtilde de Magdebourg, qui compose en 1250 un ouvrage mystique en langue vulgaire la Lumière de la Divinité, Herrade de Landsberg et Hildegarde de Bingen].RP

La plus extraordinaire des moniales médiévales est sans conteste Hildegarde de Bingen. [résumé de SCB]

Nous lui consacrerons un article ultérieurement car elle le mérite.

Femme et économie

La majorité des femmes connaissent la vie laborieuse, seule ou en famille, en ville et surtout à la campage.SCB

Au sommet de la société urbaine, les épouses de patriciens et de riches marchants mènent une existence très proche de celle des aristocrates. L’essentiel de leur journée consiste à organiser la bonne marche de leur maisonnée, composée des membres de la famille, mais aussi d’une importante domesticité.[…] Ces femmes ne participent pas aux affaires de leurs maris. […] Quelques figures de femmes d’affaires et de marchandes apparaissent cependant dans les villes du nord de l’Europe à la fin du Moyen Âge, mais ce sont surtout des veuves.  SCB

Après la Peste Noire qui ravage l’Europe en 1348, les filles disposent d’une offre de travail importante: elles peuvent quitter leur village natal pour un autre ou une ville, s’y engager comme servantes, épargner pour marier.SCB

Christine de Pizan, intellectuelle et écrivain renommée en son temps, se met volontiers en scène dans ses écrits et raconte sa vie de femme mariée puis de veuve chargée de famille. Elle vit de sa plume avec l’aide de mécènes. Christine n’hésite pas à s’adresser aux femmes d’artisans pour leur conseiller de mettre la main à la pâte. [résumé de SCB]

Dans l’Europe du Nord, en France, en Flandre, en Allemagne et en Angleterre, les femmes sont membres des guildes soit en succédant à leur maris décédés, soit en achetant un droit propre. A Strasbourg, au milieu du XVème siècle, on trouve des femmes inscrites dans les métiers de forgeron, orfèvre, voiturier, grainetier, tailleur ou encore tonnelier. A Paris, les femmes sont présentes dans de très nombreuses professions artistiques, elles sont six orfèvresses en 1292. SCB

A parcourir les textes -hors de tout souci statistique s’entend- on trouve, à toute époque et dans toutes les régions, des femmes activement mêlées à la vie économique. En Champagne, au début du XIIIème siècle, la comtesse Blanche, qui est veuve, administre son domaine comme l’aurait fait son époux, et par exemple, fonde une ville neuve en s’associant pour cela avec l’abbé de la Sauve. En Gironde, à propos du seul péage du port de la Réole, on assiste à trois ventes de droits qui, dans la première moitié du XIVème siècle, sont faites par des femmes, dont deux sont des femmes mariées, Guilelma de Penon et Boudoine Duport et qui agissent sans mentionner le consentement de leur époux.  RP

Où l’on est surpris de rencontrer des femmes, c’est dans les métiers du métal. […] En Angleterre, le brassage de la bière est presque exclusivement aux mains des femmes. Et à Lille le métier de brocanteur groupe beaucoup plus de femmes que d’hommes. […] Dans toutes les régions de France c’est par centaiuns, par milliers, qu’on relèverait, de même, cette sorte de parité de fait existant entre hommes et femmes dans l’administration des domaines. RP

La vie à la campagne mêle plus les occupations de la femme et de l’homme; ils restent proches l’un de l’autre en toutes leurs activités. RP

Femmes et pouvoir

L’exercice du pouvoir suprême ne les empêche pas pour autant d’être pleinement femmes. Elles n’ont aucunement le souci d’imiter ou de copier un modèle masculin. […] Blanche de Castille arrivant au siège du château de Bellême en 1229, constate que l’armée est littéralement paralysée par le froid; elle fait aussitôt tailler du bois dans les forêts alentour et réchauffe ses gens qui retrouvent du même coup leur ardeur pour terminer un siège traînant depuis plusieurs semaines. De même chez Jeanne d’Arc, trouve-t-on en même temps que l’élan au combat, la tendresse de la femme quand elle se penche vers un Anglais blessé et un bon sens quasi maternel devant une armée qui se bat depuis l’aube: « Reposez-vous, mangez et buvez.« : après quoi, ce 7 mai 1429, ses compagnons enlèvent la bastille des TOurelles, objet de leurs assauts. RP